Ministére de la Gouvernance Locale du
Développement et de l'Aménagement du Térritoire

Le Pôle – Territoire : Outil d’intégration nationale et internationale

Il s’apprécie à deux (02) niveaux : relais du pouvoir central pour la mise en œuvre des projets de l’Etat central sur les territoires, le Pôle – Territoire se présente également comme un cadre de coopération entre les acteurs territoriaux.

Par Oumar WADE

Le concept territoire, devenu la base du développement dans la nouvelle politique dénommée « Acte 3 de la décentralisation », s’appréhende comme étant le support d’action collective et l’espace le mieux adapté pour mettre en œuvre les politiques de développement socio-économique.

Faudrait-il le rappeler, les enjeux majeurs de la réforme demeurent la territorialisation des politiques publiques, le développement de la contractualisation entre l’Etat et les Territoires et la promotion de la coopération entre acteurs territoriaux.

C’est pourquoi, nous sommes en droit de nous poser les questions suivantes : Quels sont les enjeux de la réforme ? Comment engager la mise en place des Pôles-Territoires ? En quoi les Pôles-Territoires pourraient  être des instruments d’intégration nationale et régionale ? Ces questions exigent des réponses pertinentes qui interpellent dans le processus actuel de mise en œuvre de la réforme, les politiques, les théoriciens et les praticiens du développement territorial, suivant une approche systémique et concertée.

Dans cette perspective,  le Pôle-territoire, « espace homogène au plan éco-géographique, historique, socioculturel et économique, devrait servir d’échelon de coordination et de mise en œuvre de la territorialisation des politiques publiques pour un développement durable des territoires ».

Aussi, devrait-il  mettre en synergie deux approches : l’une descendante et verticale, fondée sur des « finalités choisies » par l’Etat central et mise en œuvre à l’échelle territoriale par son administration déconcentrée ; l’autre horizontale, construite à partir des « finalités vécues » par les territoires et leurs acteurs.

Le pôle devrait également servir de relais entre l’Etat et les collectivités locales de base (départements et communes) pour la coordination et la mise en œuvre des politiques publiques nationales.

Le Pôle- Territoire, relais du pouvoir central pour la mise en œuvre des projets de l’Etat central sur les territoires.

La collectivité territoriale est le premier cadre d’expression de la démocratie et de convergence des préoccupations des populations. A ce titre, la conception du développement territorial va bien au-delà du modèle de développement localisé. Elle s’appréhende ainsi de manière globalisante. C’est certainement là le sens de l’approche novatrice consistant à « réfléchir globalement et agir localement tout en intégrant les spécificités de chaque territoire». D’où l’importance du lien entre la gouvernance locale, le développement local, l’aménagement du territoire et le développement durable.

L’option de territorialisation des politiques publiques ouvre un champ de réflexion et d’action sur l’application du principe de la subsidiarité, les modalités et moyens d’action collectifs ou d’ordre public, la mobilisation et l’allocation des ressources ainsi que la régulation et la péréquation intra et interterritoriales. Le Pôle – territoire serait alors le relais entre l’Etat central et les Territoires.

L’application des principes de contractualisation entre l’Etat et les collectivités locales et la coopération entre acteurs du développement territorial constitue le prolongement et le complément d’une territorialisation des politiques publiques.

La coexistence des projets de l’Etat sur les territoires et des projets de territoire suppose la mise en cohérence des cadres d’action des administrations publiques à travers une meilleure articulation entre décentralisation et déconcentration et un emboitement pertinent entre la planification nationale (macro et sectorielle) et la planification territoriale.

Le Pôle – Territoire, cadre de coopération des acteurs territoriaux.

Le développement territorial exige une démarche multi-acteurs. Le Pôle – Territoire peut constituer ainsi un cadre de concertation pour élargir les bases de la coproduction.

La promotion d’une approche de développement économique local (DEL) repose sur une connaissance des dynamiques économiques locales, un dialogue inclusif sur les territoires, la création de richesses ainsi que la valorisation des ressources et potentialités locales.

Au demeurant, l’entreprise doit être repositionnée comme un acteur central du développement économique des territoires. Les collectivités locales ont la vocation d’inventer les conditions d’un « doing business local » afin de favoriser un environnement propice à la création et au développement  d’entreprises.

Pour ce faire, il est nécessaire de promouvoir le marketing territorial dans une perspective de renforcement de l’attractivité des territoires dans un environnement international de compétition et de complémentarité au-delà des facteurs initiaux de dotation factorielle.

C’est dire que le Pôle – territoire constitue un cadre pertinent de définition d’une vision partagée du développement, de construction et de mise en œuvre d’un projet de territoire et de coproduction des familles d’acteurs territoriaux (collectivités locales, secteur privé, société civile, administration territoriale déconcentrées).

Cette démarche requiert une intervention ardue à la fois aux plans national et international.

Au plan national, la mise en œuvre des pôles – territoire requiert une approche concertée basée sur la maîtrise de l’information territoriale et des dynamiques locales. L’institution des Agences de développement territoriales (ADT) pourrait servir de tremplin pour i) la systématisation des dynamiques et informations territoriales au niveau des pôles territoires identifiés, ii) l’animation des cadres de concertation et de coproduction d’une vision partagée sur la base d’un projet de territoire défini d'un commun accord, iii) la conception et l’expérimentation des instruments et référentiels de mise en application des principes et critères établis pour la création des pôles territoires et enfin, iv) la coordination de la réflexion et des échanges entre acteurs territoriaux sur les modalités et formes de gouvernance des pôles territoires.

Au préalable, une communication accrue devrait être mise en œuvre au niveau national sur la vision, les enjeux, les orientations et options politiques ainsi que sur les principes, modalités et critères de mise en œuvre des pôles territoires. L’expérience capitalisée des Agences régionales de développement (ARD) serait mise à profit pour mutualiser l’expertise, les outils, les bases de données territoriales et les approches innovantes générées par les territoires. Les processus en cours, d’une part, de révision du Plan national d’aménagement et de développement des territoires engagé par l’Agence nationale de l’Aménagement du Territoire et de ses instruments de mise en œuvre, et d’autre part, de formulation des quatre (04) programmes contenus dans le Document pluriannuel de programmation des dépenses du Ministère de la Gouvernance locale, du Développement et de l’Aménagement du Territoire (MGLDAT) offrent le cadre de pilotage, de coordination technique et de mise sur orbite de cet important chantier qui devrait s’inscrire dans la durée.

Sous ce rapport, la question sur les modalités de gouvernance des pôles territoires ne devrait point précéder les phases d’information, de communication et de mise en place des dispositifs de pilotage, de coordination technique et d’animation du processus. Les implications évidentes de l’objectif de territorialisation des politiques publiques et son corollaire en matière de redéfinition des échelles de compétences et des responsabilités des acteurs territoriaux invitent à adopter une démarche prudente, itérative et participative mobilisatrice de toutes les énergies au-delà des querelles politiciennes et de la prise en compte des replis identitaires et spécificités de chaque territoire. 

Au plan international, la trame de fond sur laquelle devrait s’appuyer le processus d’inclusion des territoires dans la coopération institutionnelle serait alors l’accompagnement des Etats à organiser le partage du pouvoir et la promotion de la démocratie et de la transparence. A cet effet, l’inclusion de l’approche territoriale dans les politiques publiques et dans la coopération internationale offre l’opportunité de promouvoir la solidarité régionale ainsi que le dialogue des territoires, notamment la coopération sud-sud et triangulaire. Elle renforce également la prévention des conflits et la valorisation des dynamiques et initiatives locales dans l’Agenda du changement. D’où la nécessité de construire des plateformes nationale et régionale de gestion et de partage des connaissances. De plus, l’articulation entre les politiques publiques et la gouvernance locale ouvre une nouvelle perspective dans l’Agenda de l’intégration nationale, régionale et africaine pour un développement durable. Encorefaudrait-il considérer que chaque territoire est spécifique car ayant son propre parcours. Ainsi, malgré la pertinence de la coopération décentralisée, il semble nécessaire de dépasser son champ actuel d’intervention pour ouvrir de nouvelles perspectives de financement solidaire, de transfert d’expériences et de prise en charge des défis mondiaux tels que le changement climatique, l’économie verte et la définition d’un nouvel ordre mondial.

Au total, l’on peut affirmer que l’inclusion du territoire devient une condition de l’intégration nationale. L’approche territoriale fait appel à l’analyse systémique dans laquelle le territoire, le système productif ainsi que les dynamiques locales ne peuvent plus être traités séparément. Elle permet d’approcher autrement le rôle et la place du secteur informel dans les économies locales, de développer des partenariats innovants et de replacer les associations faitières des collectivités locales au cœur du dialogue institutionnel.

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